Dans la famille des restaurants de Gérard Joulie, j’en veux un pour les vrais viandards, de préférence au pied du métro, plutôt côté XIXème point de vue arrondissement et plutôt côté vieille brasserie parisienne point de vue ambiance.
Je veux, je veux, je veux …. Le Bœuf Couronné (merci Arnaud pour le prêt de la photo, je n’avais pas apporté le mien).

Bonne pioche, très bonne même pour cette institution située Porte de Pantin, face au Parc de la Villette, ce qui tombe très bien puisque la publicité précise que ce restaurant fondé en 1865 reste l’un des derniers vestiges de l’époque des maquignons.
Tradition et modernité font bon ménage car l’on peut réserver sur Internet (mais contrairement à ce qui est écrit sur le site on ne vous confirme pas toujours votre résa, même si elle est bien enregistrée) et une fois poussée la lourde porte tournante en bois à trois vantaux, l’ambiance à la fois cossue et rustique vous envahit, avec en fond sonore le brouhaha d’une clientèle cosmopolite où hommes d’affaires, couples amoureux , petites familles et touristes américains se mêlent au sein d’une foule étrangement dense pour un mercredi soir.
Pour les phobiques des transports en commun, il y a même un service de voituriers moyennant 8 euros; pour les autres, une hôtesse souriante et polie vous accueille, vérifie la réservation et vous accompagne à votre table, slalomant entre la valse des jeunes et sveltes serveurs en tabliers noirs et chemises blanches qui s’affairent, les plats à la main.
Si vous êtes raisonnables, vous pouvez opter pour le menu à 33 euros au rapport qualité prix très étudié puisqu’il inclut le kir royal, entrée, plat, dessert, boisson et café…
Si vous l’êtes moins, et que sortie au restau rime avec « je casse ma tirelire mais je ne l’oublierai pas de sitôt », alors faites-vous plaisir et craquez pour les spécialités maison : Quelques exemples ?
En entrées à moins de 10 euros : Terrine de campagne maison aux foies de volaille, servie à discrétion. Enfin, « discrétion » si on veut puisque ce que l’on vous apporte et que l’on vous pose sur la table c’est le gros pot entier de terrine de 3 kg en céramique, déjà entamée certes, mais que l’on vous laisse et où l’on peut se servir à volonté. Et même si pour ma part j’avais préféré les œufs pochés au foie gras, le jeune serveur est venu me proposer lui-même une assiette pour y goûter, au lieu d’en piquer une petite tranche (encore une fois sans discrétion), comme je le faisais, dans l’assiette d’en face.
Pour la suite, parmi les douze déclinaisons possibles de bœuf mentionnées sur la carte (voire de poissons mais ce serait vraiment dommage de passer à côté de la viande si vous venez ici) on a opté pour le Chateaubriand des bidochards pour 2 personnes, soit 700 g, 8 cm de haut (et 71 euros) de filet saignant extra tendre, servi avec des pommes de terre soufflées maison elles aussi, tout comme la sauce béarnaise.
Quant aux couteaux de boucherie géants qui sont apportés avec le plat, ils vous donnent l’impression de retrouver vos dix ans ou d’être l’acteur de « chéri j’ai rétréci mes mains ».
Un Saint Emilion 2008 à 28 euros était parfait pour accompagner ce dîner, jusqu’au dessert à savoir :
Profiteroles préparées à la commande : 3 choux géants, glace vanille et gros pot de chocolat chaud et crémeux. Nos voisins de droite avaient décidé de partager ce dessert pour deux, mais comme 3 choux ce n’est pas facile à partager, et bien sans même qu’ils ne le demandent, on a eu la délicatesse de leur apporter un quatrième.
Mon Baba quant à lui, il n’était pas accompagné de crème à la vanille, mais gourmand et arrosé de rhum ambré Saint James. C’est-à-dire qu’encore une fois, on vous pose la grosse bouteille carrée de St James sur la table (avec son bouchon serveur en inox comme pour les bouteilles d’huile). Lors du service, dans votre assiette le garçon de table vous imbibe déjà très généreusement le gâteau (qui pour l’occasion avait pris la forme d’un gros muffin accompagné de raisins de Corinthe), et on vous laisse le litron sur la table au cas très improbable où vous le trouveriez encore un peu sec.
En fait, vous l’aurez compris, excellente soirée (à plus de 150 €uros quand-même pour deux c’est peut-être ça que la bouteille de rhum est censée faire couler), mais après tout ce n’est pas tous les jours que l’on joue les touristes et c’est dans ces moments-là que l’on oublie bouchons et pollution et que comprend pourquoi de New-York à Tokyo, le simple fait d’évoquer « Paris », ça fait soupirer d’envie tout le monde dans les tours de Manhattan ou à l’entrée des Genkan japonais ;-)
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